19 décembre 2013

Ingrès de Saturne en Scorpion et réception réciproque avec Pluton : 2 - Eclipse totale du sens commun

"Le diable, c'est la sublimation manquée". A. Barbault: Scorpion (Seuil,1959)
(Ingrès de Saturne en Scorpion et réception réciproque avec Pluton, Première partie)

Avant d'aborder dans un second temps l'éclipse totale du 3 Novembre, il est nécessaire de la resituer dans le contexte astral plus vaste qui est le sien.

Uranus carré Pluton, en premier lieu, favorisent les abus de pouvoir en particulier dans les institutions financières (Pluton en Capricorne). Ce pouvoir se caractérise par une hiérarchie excessivement cloisonnée et rigide. Saturne en Scorpion accentue encore cette puissance qui se veut inamovible en la justifiant par l'obscurité entretenue et la rigueur supposée de l'expertise. Ici la révolte uranienne ne se fait pas uniquement dans le renversement de cadres souvent dépassés mais encore dans l'exploitation surintensive de telles structures par des puissances dérégulées et sans attaches visant leur implosion (Uranus en Bélier).

L'exemple le plus immédiat de cette interprétation communément admise en astrologie est peut-être celui du traité de libre échange entre l'Union Européenne et les États Unis, où l'on "découvre" l'impuissance et la complaisance des États face à des groupes de pression divers dont l'arme favorite est l'exploitation à outrance de prétendues failles juridiques dans les législations nationales, mais pour lesquels en réalité tous les moyens se valent.

Saturne en Scorpion en réception réciproque avec Pluton en Capricorne met en effet un accent pour le moins pesant sur tout ce qui relève du pouvoir des institutions. Certains États préfèrent céder plutôt que de se lancer dans des procès interminables dont le coût jugé excessif par l'opinion publique nuirait à l'image des gouvernants. La longueur même des procédures, risquant de s'étendre au delà d'un simple mandat pousse certains gouvernements à accepter des conditions inacceptables. Le résultat est que les États, en particulier ceux qui font de l'esquive ou de la négligence un sport national, se voient bel et bien spoliés peu-à-peu de leur pouvoir juridique et décisionnaire au profit de compagnies financières transnationales. L'état actuel de la Grèce, reléguée par les investisseurs au rang de marché émergent, et celui de l'Espagne dont la dette livrée à la spéculation a atteint le chiffre de son P.I.B. sont deux reflets parmi d'autres de cette conjoncture.

S'agit-il d'une nouvelle illustration du pouvoir d'une élite mondiale d'experts en régulation se situant elle-même au-delà de toute régulation telle que l'avait déjà entrevue le sociologue américain Christopher Lasch en son temps? C'est en effet une des implications possibles, non de la réception réciproque proprement dite, mais du carré. Avec Uranus en Bélier en effet c'est la légitimité même du pouvoir au sens conventionnel qui est systématiquement remise en cause, mais par la poussée irrésistible d'intérêts personnels coalisés ou simplement imposés par une idéologie individualiste agressive (Mars, ne l'oublions pas, est maître d'Uranus et de Saturne). Dans un tel contexte il semble douteux que des intérêts plus universellement humanistes et moins étroits dans leurs projets puissent s'opposer à cet état de fait du moins pour le moment dans la mesure où le simple bon sens doit désormais pour s'exprimer s'appuyer sur la parole de spécialistes. Autant dire qu'il peut parfois se révéler de peu de poids face aux assauts impersonnels des groupes de pression. N'a-t-il pas fallu l'intervention d'un prix Nobel d'économie scandalisé pour empêcher tout récemment un nouveau désastre politique et économique qui n'aurait pas manqué de suivre l'abaissement de «la note de la France» par des "agences financières" auxquelles on a tout-à coup offert implicitement (et ce malgré les rapports qu'elles ont entretenu avec les responsables de la débâcle financière et le rôle qu'elles ont joué dans celle-ci) un pouvoir immense de décision dans la gestion des États? (Mercure conjoint à Saturne - la parole des experts - disposait alors du ciel avec Mars en Vierge, autre réception - la volonté de clarifier une situation brouillée, en particulier pendant l'opposition récente de Mars et Neptune, et l'éclipse solaire: Tout comme la liberté réside d'abord dans la connaissance de la limite, l'éthique, sous une telle conjoncture astrale, consiste avant tout, pour paraphraser Kant, à savoir vouloir).

Par contre lorsque quelques actionnaires se rendent capables de prendre le contrôle de toute la «stratégie» d'une entreprise comme c'est de plus en plus souvent le cas, on interrogerait inutilement les experts pour justifier leurs compétences, et ce manque de volonté de justification même révèle qu'en fait deux visions opposées du "réalisme" s'affrontent. Il va bien de soi que ce qui est recherché dans ce cas précis n'est pas le progrès de l'entreprise en question, à plus forte raison son potentiel qualitatif ni sa créativité, mais sa rentabilité immédiate: Qu'importent alors les critères qui ne relèvent pas de «l'urgence de la compétitivité»? Les prises de risques, quant-à elles, sont évidemment réduites à leur strict minimum tout comme le sont en fin de compte les possibilités d'innovation. Rien d'étonnant à ce que les médias de masse relayent de préférence ces vues qu'ils partagent abondamment: Leur culte superficiel du "progrès" se fonde largement sur ce réalisme si pesant des marchés et sur Ie principe pavlovien de gratification-sanction immédiates du marketing le plus agressif qui sont pourtant en tout si contraires au progrès démocratique réel (1) D'ailleurs ce prétendu réalisme même est fortement remis en question aujourd'hui: Pour de plus en plus d'économistes, le processus de fixation des prix par le marché et le comportement des acteurs étant essentiellement imprévisibles (c'est sur ce principe d'incertitude même, en somme, que se fonderait tout profit) une autorégulation des marchés serait simplement utopique. Il est par conséquent souhaitable de reconsidérer la légitimité (ou plutôt l'illégitimité entretenue par certain courant économiste néo-keynésien) d'un contrôle exercé sur des flux de capitaux qui ne relèvent désormais que de la spéculation la plus arbitraire, au même titre que sont encadrés par les législations jeux de hasard ou courses de chevaux. Cette idée jugée encore trop fataliste (nous venons pourtant de montrer que dans le cas par exemple des agences de notations l'inverse ne semble généralement pas soulever autant d'objections) de la nécessité d'une régulation extérieure de richesses demeurées irrationnelles malgré tous les systèmes successifs est tout à fait de l'ordre d'un Saturne en Scorpion reçu par un Pluton en Capricorne affligé. L'idée du principe d'incertitude, par contre et paradoxalement, en ce qu'elle dépasse la notion de finitude que sous-tend celle du pur mécanisme saturnien, est en fait la conception à la fois éminemment ancienne et traditionnelle (Saturnienne) et évolutive (Uranienne) que l'on retrouve même à l'origine des sciences et des arts humanistes modernes. Nous reviendrons sur ce point. Un contrôle extérieur outre qu'il ne ferait que déplacer le problème ne pourrait être encore qu'une mesure conjoncturelle appliquée à une crise d'une toute autre nature (n'oublions pas que c'est l'opposition Saturne/Uranus de 2007 qui a inauguré l'actuelle récession). C'est donc bien avant tout de la moralisation d'un système dont les excès deviennent des obstacles, et non plus des moteurs pour le progrès humain qu'il s'agit ici.

Mais n'est-ce pas, à vrai dire, une forme de pillage systématique, au-delà même de l'exploitation outrancière, lorsqu'une entreprise rentable est poussée au rachat par une banque fraichement miraculée, soit qu'elle ne puisse emprunter à cette dernière sans faire figurer dans le contrat des clauses aussi crûment explicites et rédhibitoires que l'abandon de ses brevets en sa faveur, soit que les tarifs pratiqués deviennent soudain si exorbitants qu'elle se voit poussée à la faillite et ses actifs aussitôt rachetés par ladite banque, une de ses filières ou un de ses partenaires... En France en particulier, nous le montrerons plus loin, ces légères contrariétés et contradictions n'empêchent d'ailleurs nullement un patronat de la même obédience néolibérale de se tourner ensuite assez cyniquement vers l'État providence qu'ils rêvent secrètement d'abolir pour en exiger, sous la menace de licenciements et délocalisations, abattements fiscaux et autres mesures d'exception: si le chômage ne fait que croître et si le niveau de vie général est en baisse constante, si la misère progresse comme on s'y attendait, le salaire des patrons du CAC 40 a quant à lui augmenté de 6% cette année... On le voit, Saturne, bien que garantissant normalement une certaine répartition des responsabilités, peine parfois encore à freiner la dérégulation abusive des pouvoirs sous-tendue par le carré Uranus/Pluton. L'austérité, nécessaire ou non, ne semble (si elle existe) encore parfois devoir s'appliquer qu'avec parcimonie et force discrimination, pourrait-on dire.

Dès lors on s'interroge légitimement sur les raisons "purement économiques" qui ont poussé les États à sauver ces mêmes compagnies financières sur le champ et coûte que coûte sans en exiger ouvertement en retour la moindre compensation ni la moindre restructuration. Réflexe automatique dû à de vieilles habitudes libérales? L'opposition Saturne-Uranus pointait très-précisément un grave problème structurel et institutionnel dans nos sociétés. L'étiquette "too big to fall" apposée à un établissement fautif n'est pas non plus très explicite économiquement et n'encourage guère plus qu'elle n'engage ses responsabilités passées et futures. Inutile peut-être d'ajouter que ce n'est pas la première fois que des multinationales s'effondrent pour des raisons et dans des conditions similaires. L'histoire du monde moderne compte au moins deux cas tragiques semblables, trois en incluant cette période.

J'y reviens pourtant parce que d'une part s'est tenu récemment un sommet européen où était discutée la question du sort réservé par les États aux grandes banques en faillite, prologue nécessaire désormais à "l'union bancaire européenne" (comme si l'union européenne devait ressembler à autre chose sous une telle configuration astrale qu'à une tentative tardive de mise en place d'un mécanisme de "régulation financière" visant en fait à limiter l'ampleur d'un retour prévisible aux mesures protectionnistes) et d'autre part parce que la réception réciproque entre Saturne et Pluton peut très facilement évoquer l'exercice dans l'ombre, et au-delà de la compréhension des simples populations mortelles, d'une volonté de puissance globale exclusive et abusive (et je ne crois pas être le moins du monde conspirationniste en écrivant cela). Les mots protectionnisme, banqueroute, déconfiture ou nationalisation sont quelques-uns des tabous de notre époque qui se vantait il y a peu de temps encore d'en être délivrée. René Girard, c'est vrai, allant à contre-courant des thèses de la plupart des sciences humaines du début du XX ème siècle a expliqué (dans La violence et le sacré, 1972) comment interdit et tabou - notions traditionnelles propres à Saturne et à Pluton - jouaient à l'origine un rôle de protection des sociétés contre leur propre violence et ne reflétaient donc pas nécessairement des tendances simplement inhibitrices de celles-ci. Or dans le cas présent non seulement ce sont des tendances nouvelles mais on conçoit mal où se trouve la violence dans la simple énonciation ou même dans l'application des lois ordinaires de l'économie. La peur des transformations profondes signifiée par Saturne en Scorpion conduit à un tel statu quo. Le monde, semble-t-il, retient son souffle.

La société civile d'ailleurs ne s' y trompe pas qui a finalement obtenu récemment, à la faveur de nouveaux scandales gouvernementaux il est vrai, que les ressources financières des parlementaires soient rendues publiques. Ce fut une grande victoire à la fois démocratique et éthique contre une possible coalition souterraine du pouvoir politique et du pouvoir de la finance très explicitement signifiée par cette réception (affligée), et qui est la voie la plus directe vers la corruption en plus d'être un jeu dangereux susceptible d'attiser encore d'avantage la méfiance des peuples. Un autre pas dans ce sens a été fait par la Suisse sous ces mêmes astralités lorsqu'elle a décidé, sous la pression internationale, de mettre fin au secret bancaire, déclenchant un véritable sauve-qui-peut parmi les expatriés fiscaux. Notons aussi que l'Espagne et surtout l'Islande, pays très-profondément touchés par la crise financière, ont entrepris de juger de façon systématique les responsables de la banqueroute, ce que d'autres tardent délibérément à faire (il faudra sans doute attendre la prochaine période de rétrogradation de Saturne, de début Mars à fin Juillet 2014, pour que le monde commence à véritablement estimer l'ampleur des mesures nécessaires et à les assumer. Cela ne se fera pas sans heurts puisque cette période est aussi marquée par la grande croix cardinale, indice d’aggravation de l'actuelle récession). L'Islande en particulier est un cas intéressant sur ce point, car l'île pourrait être l'illustration assez fidèle, en miniature, des accointances et conflits d'intérêts qui sont le lot quotidien de nos propres élites ultralibérales. Mais venons-en à notre éclipse proprement dite, qui a montré que si le bon sens démocratique a rarement été à la fois plus puissant et plus requis que de nos jours subsistent pourtant quelques zones d'ombre.

Faudrait-il ne pas s'émouvoir lorsque par crainte du chômage des ouvriers syndiqués vont, sur ordre, rejoindre dans les cortèges des manifestations leurs patrons qui redoutent quant à eux l'augmentation des charges sociales? Quelle résolution soudaine et inespérée des conflits sociaux lorsque toute la colère accumulée de part et d'autre peut être ainsi dirigée contre l'État! Mais passée l'exaltation première qui ne s'est rendu compte qu'il s'agissait en fait d'un vaste malentendu (pour ne pas dire une vaste manipulation communicative, Mercure et Mars étant eux aussi en réception mutuelle, et Mars partageant avec Pluton la maîtrise de Saturne et de l'éclipse solaire, se trouvant encore peu de temps auparavant opposé à Neptune: les idéologies des masses, les médias, les croyances populaires et les mouvements de foules...) et que les uns et les autres protestaient ensemble contre toute logique et pour des raisons fondamentalement adverses? Beaucoup ont vu avec tristesse dans les manifestations de Quimper la résurgence de l'affirmation d'un pouvoir que tout le monde pensait depuis longtemps dépassée. ll s'agissait de mener un troupeau effrayé et désorienté (Uranus en Bélier peut évoquer, nous l'avons montré, le besoin d'un "guide"), de se prouver qu'on avait l'autorité pour le faire et par là-même d'affirmer l'état d'infamie morale auquel on réduit de nouveau ces gens. Avec Mars en Vierge en réception avec Mercure (conjoint Saturne) en Scorpion on peut témoigner ici, à défaut de pénétration et d'acuité extrêmes, d'une certaine férocité voire d'un sadisme mentaux. En réception avec Pluton il semble que l'entretien et la canalisation (voire l'exploitation) des grandes angoisses sociales dont a traité Paul ViriIio soit plus raisonnable, en fait plus raisonnée que d'ordinaire : et c'est précisément ce qui fait ressortir avec d'autant plus de relief l'incohérente débauche de telles explosions (2).

Picasso - Crâne de chèvre et bougie
Ceci étant dit, l'erreur habituelle et fatale serait de les minimiser. La facile récupération de ces grands embrasements spontanés par l'extrême droite démagogique résume d'ailleurs l'ambiance: l'éclipse lunaire en Scorpion, abolissant un temps le sens commun, aura seulement permis à une foule de déchaîner ses instincts de destruction aveugle avec la bénédiction intéressée d'instances prétendument morales, en tout cas communément et traditionnellement considérées comme telles. En exil, la lune en Scorpion peut en effet, comme l'a souligné André Barbault, signifier aussi bien la possession par une "sombre obsession", un noir fantasme tragique ou orgiaque, que les instincts de domination libérés sans être dominés eux-mêmes. N'est-ce pas une définition possible du fanatisme? On chercherait en vain dans ces violentes émeutes, l'affirmation souhaitable d'une égalité civique puisqu'elles s'en prennent impunément à des institutions publiques censées la garantir (Le Soleil en astrologie mondiale symbolise l’État, et la Lune le Peuple. Dans les démocraties les deux symboles sont équivalents et interchangeables, ou, tout au moins, devraient peut-être recommencer à l'être). Au contraire, et comme prédit, elles se revendiquent au bout du compte comme des manifestations de mouvements indépendantistes assez proches au fond des éruptions nationalistes telles qu'on peut les observer dans toute l'Europe (à l'exception peut-être d'un patronat désormais souvent pro-européen - ce qui expliquerait en partie que les manifestations en Bretagne ne s'en prennent pas frontalement à l'union européenne - et malheureusement très-détaché des notions de république, de patrie et de localisation en général...) Je constate avec soulagement que l'A.F.P. fait justement la part des choses, qui dans sa rétrospective de l'année 2013 veille à dissocier le phénomène des "bonnets rouges" des mouvements véritablement sociaux.

Ironiquement l'opposition Mars/Neptune, indicateur de pollution en astrologie, a immédiatement  préludé à la protestation dans ces manifestations d'hostilité à la nouvelle majorité gouvernementale des plus gros pollueurs de France en la personne des industriels de l'agro-alimentaire breton, qui entendaient y exprimer leur refus d'une taxe écologique synonyme selon eux de faillite et de licenciements! On devrait voir dans ces événements fâcheux la fin d'un modèle économique aussi dépassé que les sont dans les faits leurs structures de production (il ne faut pas chercher plus loin leurs prétendus problèmes de rentabilité, les mentalités rétrogrades freinant depuis longtemps l'investissement dans un modèle plus dynamique seul susceptible de leur assurer une certaine pérennité et leur éviter un rachat par des firmes étrangères tout aussi peu scrupuleuses mais plus raisonnablement modernistes: Qui n'a jamais entendu parler de développement durable?) Au lieu de quoi on préfère s'accrocher à des moyens de production déliquescents et faire mine de continuer de spéculer sur leur viabilité. Or la spéculation, tendance plutôt neptunienne, est complétement étrangère au savoir vouloir dont nous parlions plus haut. D'où l'agressive et sourde incohérence, capricieuse, du discours qui tente encore de les justifier: Mars en Vierge, stratège redoutable ou tacticien borné, combat pour une cause supérieure s'il en trouve une, ou sinon contre elle. Il veut servir une vision plus globale à moins de se voir réduit à jouer le sombre rôle d'exécuteur des basses œuvres...

L'avantage de l'expertise saturnienne est qu'elle tend à mettre au jour (au sens de définir, en Scorpion: avec Mercure et Saturne on est moins là, c'est le cas de le dire, dans le dévoilement - qu'on se souvienne du mythe d'Orion (3) - que dans l'utilisation sage, la mise en œuvre d'un savoir maîtrisé qui seulement alors devient force effective. Pour le dire autrement, la volonté de puissance personnelle pour s'actualiser ne peut se passer de limitations culturelles, puisque, par ailleurs, selon les biologistes, la culture, au fil des millénaires, est elle-même en partie responsable de l'in-formatio, c'est-à-dire à proprement parler de la mise en forme, de la structuration du génome humain (4). De là une retenue habituelle chez les natifs de cette configuration, une tendance à éviter le superficiel, à aller au fond des choses, voire à se réfugier derrière une redoutable ironie d'autant plus cuisante qu'elle est le plus souvent fondée) et à fatalement abolir par son sens des nécessités incompétences et irresponsabilités dans les multiples sphères de décision. Seule la réception réciproque, peut-être, obligeant à une certaine maturité les puissances publiques, empêche ces révoltes encore éparses de se multiplier. Le sens de l'histoire et de l'expérience, liées encore à Saturne, fait que les droites démagogiques d'Europe, à mesure qu'elles gagnent en envergure, tendent à se dissimuler derrière une apparence de respectabilité plus conventionnelle et rejettent même l'attribut d'extrémistes. Soyons sûrs qu'il n'en est rien et qu'elles demeurent sur le plan des idées aussi opportunistes et radicales qu'elles l'ont toujours été, sinon d'avantage encore sous ce carré générationnel (5). Il est important de signaler que nous nous trouvons en ce moment au cœur même de cette dernière configuration astrale puisque le premier carré de ce cycle synodique initié dans les années 1960 est actuellement exact en héliocentrique (c'est-à-dire sans tenir compte des multiples rétrogradations des deux astres telles que nous pouvons les observer et les subir sur Terre). 

Cependant avec la réception mutuelle il est certain que l'accélération du monde que nous vivons, aux limites de l'instantanéité et du temps humain (dixit Virilio), stimulée par l'affliction d'Uranus en Bélier, connait actuellement une pause. Va-t-on la mettre à profit pour dépasser le présent absolu auquel on réduit l'humain, le resituer dans l'histoire des nations et des idées et tenter de dégager quelques solutions pour l'avenir? Ou tentera-t-on encore d'encourager et d'exploiter cette acculturation? Cela aussi, il faudra probablement attendre la rétrogradation de Saturne pour le savoir. L'éclipse assez révélatrice liée à ce moment axial était néanmoins le paradoxe idéal pour faire une sorte d'état des lieux symbolique, de passer en revue quelques uns des signes des temps profondément bouleversés que nous traversons. Je choisis de publier ce papier à la faveur du trigone de Jupiter-Saturne, très-constructif et confortant, pour ne pas ajouter au moralisme rampant qu'ils pourraient y percevoir malgré la réception la démoralisation de mes lecteurs! Le trigone Jupiter-Saturne actuel offre aussi l'occasion d'une prise de recul fort bienvenue sur les événements tout en permettant de les concevoir sans pessimisme excessif.

Gardons à l'esprit que ce qui importe en astrologie est peut-être d'avantage dans le cycle, sa totalité et sa progression que dans l'instant T du transit, si je puis dire. Ainsi les cycles de Saturne-Pluton révèlent toujours des transformations profondes et même majeures dans nos sociétés (on les nomme chronocrates en ce qu'elles rythment les époques du monde), transformations qui passent souvent par des périodes de destruction (notamment dans les phases critiques: conjonction, opposition et carré. La période noire de la grande peste et de la guerre de cent ans est fortement marquée de cette influence, de même que la première guerre mondiale dont nous nous apprêtons à fêter le centenaire à laquelle préside également la conjonction). Le dernier carré de Saturne à Pluton s'est produit en 2009-2010 lors du transit de Saturne en Balance, un signe particulièrement pacifique, et avant la première occurrence du carré d'Uranus/Pluton, ce dernier étant du reste maîtrisé par Saturne, ce qui sans doute minimise les dégâts qu'aurait pu occasionner leur franche confrontation par exemple. La réception réciproque, quant-à elle, si l'on en croit la tradition, est d'avantage le moment d'une action concertée, une période d'aide mutuelle entre les deux astres... dont une certaine nature commune quelque peu rigide, silencieuse, obscure et lugubre n'aura sans doute échappé à personne ces temps-ci : ce premier pape issu des ténébreux Jésuites, fils spirituels du pourfendeur d'hérésies Íñigo de Loyola, et dont la devise de l'ordre est "Perinde ac cadaver" (tel un cadavre) n'a-t'il as été salué par le magazine Times comme "personne de l'année"? Comment ne pas songer ici à ce mot de Nietzsche : "La vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance - il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de volonté de puissance"...

Notes

(1) Christopher Lasch écrit: «Selon Walter Lippmann, l’un des pionniers du journalisme moderne, le « citoyen omnicompétent » était un anachronisme dans une époque de spécialisation. Il pensait qu’en tout cas la plupart des citoyens se souciait fort peu de la substance des décisions politiques publiques. La tâche du journalisme n’était pas d’encourager le débat public mais de fournir aux experts des informations sur lesquelles ils puissent fonder des décisions intelligentes. Walter Lippmann écrivait : « L’intérêt du public pour un problème se limite à ceci : qu’il y ait des règles - Le public s’intéresse à la Loi, pas aux lois; à la méthode du droit, pas à sa substance. » On pouvait laisser en toute sécurité les questions de substance aux experts, qui, par leur accès à la connaissance scientifique, étaient immunisés contre les « symboles » et les « stéréotypes » émotionnels qui dominaient le débat public. Ce culte du professionnalisme a eu une influence décisive sur le développement du journalisme moderne. Les journaux auraient pu servir à prolonger et élargir les assemblées communales. Au lieu de quoi, ils ont adhéré à un idéal fallacieux d’objectivité et ont défini leur but comme la diffusion d’informations fiables — autrement dit, du type d’information qui tend non pas à promouvoir le débat mais à y couper court. Le trait le plus curieux de tout ceci est, bien sûr, que si les Américains se trouvent inondés d’informations, grâce aux journaux, à la télévision et aux autres média, les enquêtes rapportent régulièrement que leur connaissance des affaires publiques est constamment en déclin. En cet « âge de l’information », le peuple américain est notoirement mal informé. L'explication de cet apparent paradoxe : une fois exclus effectivement du débat public pour motif d’incompétence, la plupart des Américains n’ont que faire des informations qui leur sont infligées en de si grandes quantités. Ils sont devenus presque aussi incompétents que leurs critiques l’ont toujours prétendu — ce qui nous rappelle que c’est le débat lui-même, et le débat seul, qui donne naissance au désir d’informations utilisables. En l’absence d’échange démocratique, la plupart des gens n’ont aucun stimulant pour les pousser à maîtriser le savoir qui ferait d’eux des citoyens capables.»

(2) Virilio montre dans son essai intitulé L'administration de la peur (2010) comment un "principe de frayeur" dictant toutes nos attitudes est devenu heuristique dans nos sociétés, comment la panique est devenue totalité en soi du monde, principe générateur: Déculpabilisée par les mœurs, la peur, sa gestion et même son entretien deviennent objets privilégiés de pouvoir. "En temps de terreur collective, écrit-il, il est impossible d'être courageux, sauf à verser dans des idéologies sacrificielles". Cette peur mondialisée par les ondes et l'instantanéité est, selon le philosophe, le ressort principal d'une standardisation et d'une "synchronisation des émotions, assurant le passage de la démocratie d'opinion à la démocratie d'émotion". Il faut ici naturellement comprendre en filigranes que la démocratie véritable, de réflexion, n'est plus du tout d'actualité, l'entretien de l'émotionnel allant de pair avec celui de l'obscurantisme: "le court-termisme, souligne-t-il, est une évidence" de notre temps.

(3) Dans le mythe du dévoilement d'Artémis, l'instinct d'appropriation violente conduit à sa perte le héros Orion, tué par un scorpion... Le signe est d'autant plus actif ces derniers temps que lors de l'éclipse solaire s'y trouvait un stellium en conjonction de quatre corps!

(4) Cf. Nature, Feb 2010: How culture shaped the human genome

(5) La longue conjonction Mercure-Saturne nous rappelle que le plus grand crime contre l'esprit consiste certainement à laisser ainsi l'histoire se répéter, obligeant les hommes à reformuler sans cesse des idées et notions qu'on aurait voulu croire acquises.

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