Affichage des articles dont le libellé est Pluton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pluton. Afficher tous les articles

19 décembre 2013

Ingrès de Saturne en Scorpion et réception réciproque avec Pluton : 2 - Eclipse totale du sens commun

"Le diable, c'est la sublimation manquée". A. Barbault: Scorpion (Seuil,1959)
(Ingrès de Saturne en Scorpion et réception réciproque avec Pluton, Première partie)

Avant d'aborder dans un second temps l'éclipse totale du 3 Novembre, il est nécessaire de la resituer dans le contexte astral plus vaste qui est le sien.

Uranus carré Pluton, en premier lieu, favorisent les abus de pouvoir en particulier dans les institutions financières (Pluton en Capricorne). Ce pouvoir se caractérise par une hiérarchie excessivement cloisonnée et rigide. Saturne en Scorpion accentue encore cette puissance qui se veut inamovible en la justifiant par l'obscurité entretenue et la rigueur supposée de l'expertise. Ici la révolte uranienne ne se fait pas uniquement dans le renversement de cadres souvent dépassés mais encore dans l'exploitation surintensive de telles structures par des puissances dérégulées et sans attaches visant leur implosion (Uranus en Bélier).

L'exemple le plus immédiat de cette interprétation communément admise en astrologie est peut-être celui du traité de libre échange entre l'Union Européenne et les États Unis, où l'on "découvre" l'impuissance et la complaisance des États face à des groupes de pression divers dont l'arme favorite est l'exploitation à outrance de prétendues failles juridiques dans les législations nationales, mais pour lesquels en réalité tous les moyens se valent.

Saturne en Scorpion en réception réciproque avec Pluton en Capricorne met en effet un accent pour le moins pesant sur tout ce qui relève du pouvoir des institutions. Certains États préfèrent céder plutôt que de se lancer dans des procès interminables dont le coût jugé excessif par l'opinion publique nuirait à l'image des gouvernants. La longueur même des procédures, risquant de s'étendre au delà d'un simple mandat pousse certains gouvernements à accepter des conditions inacceptables. Le résultat est que les États, en particulier ceux qui font de l'esquive ou de la négligence un sport national, se voient bel et bien spoliés peu-à-peu de leur pouvoir juridique et décisionnaire au profit de compagnies financières transnationales. L'état actuel de la Grèce, reléguée par les investisseurs au rang de marché émergent, et celui de l'Espagne dont la dette livrée à la spéculation a atteint le chiffre de son P.I.B. sont deux reflets parmi d'autres de cette conjoncture.

S'agit-il d'une nouvelle illustration du pouvoir d'une élite mondiale d'experts en régulation se situant elle-même au-delà de toute régulation telle que l'avait déjà entrevue le sociologue américain Christopher Lasch en son temps? C'est en effet une des implications possibles, non de la réception réciproque proprement dite, mais du carré. Avec Uranus en Bélier en effet c'est la légitimité même du pouvoir au sens conventionnel qui est systématiquement remise en cause, mais par la poussée irrésistible d'intérêts personnels coalisés ou simplement imposés par une idéologie individualiste agressive (Mars, ne l'oublions pas, est maître d'Uranus et de Saturne). Dans un tel contexte il semble douteux que des intérêts plus universellement humanistes et moins étroits dans leurs projets puissent s'opposer à cet état de fait du moins pour le moment dans la mesure où le simple bon sens doit désormais pour s'exprimer s'appuyer sur la parole de spécialistes. Autant dire qu'il peut parfois se révéler de peu de poids face aux assauts impersonnels des groupes de pression. N'a-t-il pas fallu l'intervention d'un prix Nobel d'économie scandalisé pour empêcher tout récemment un nouveau désastre politique et économique qui n'aurait pas manqué de suivre l'abaissement de «la note de la France» par des "agences financières" auxquelles on a tout-à coup offert implicitement (et ce malgré les rapports qu'elles ont entretenu avec les responsables de la débâcle financière et le rôle qu'elles ont joué dans celle-ci) un pouvoir immense de décision dans la gestion des États? (Mercure conjoint à Saturne - la parole des experts - disposait alors du ciel avec Mars en Vierge, autre réception - la volonté de clarifier une situation brouillée, en particulier pendant l'opposition récente de Mars et Neptune, et l'éclipse solaire: Tout comme la liberté réside d'abord dans la connaissance de la limite, l'éthique, sous une telle conjoncture astrale, consiste avant tout, pour paraphraser Kant, à savoir vouloir).

Par contre lorsque quelques actionnaires se rendent capables de prendre le contrôle de toute la «stratégie» d'une entreprise comme c'est de plus en plus souvent le cas, on interrogerait inutilement les experts pour justifier leurs compétences, et ce manque de volonté de justification même révèle qu'en fait deux visions opposées du "réalisme" s'affrontent. Il va bien de soi que ce qui est recherché dans ce cas précis n'est pas le progrès de l'entreprise en question, à plus forte raison son potentiel qualitatif ni sa créativité, mais sa rentabilité immédiate: Qu'importent alors les critères qui ne relèvent pas de «l'urgence de la compétitivité»? Les prises de risques, quant-à elles, sont évidemment réduites à leur strict minimum tout comme le sont en fin de compte les possibilités d'innovation. Rien d'étonnant à ce que les médias de masse relayent de préférence ces vues qu'ils partagent abondamment: Leur culte superficiel du "progrès" se fonde largement sur ce réalisme si pesant des marchés et sur Ie principe pavlovien de gratification-sanction immédiates du marketing le plus agressif qui sont pourtant en tout si contraires au progrès démocratique réel (1) D'ailleurs ce prétendu réalisme même est fortement remis en question aujourd'hui: Pour de plus en plus d'économistes, le processus de fixation des prix par le marché et le comportement des acteurs étant essentiellement imprévisibles (c'est sur ce principe d'incertitude même, en somme, que se fonderait tout profit) une autorégulation des marchés serait simplement utopique. Il est par conséquent souhaitable de reconsidérer la légitimité (ou plutôt l'illégitimité entretenue par certain courant économiste néo-keynésien) d'un contrôle exercé sur des flux de capitaux qui ne relèvent désormais que de la spéculation la plus arbitraire, au même titre que sont encadrés par les législations jeux de hasard ou courses de chevaux. Cette idée jugée encore trop fataliste (nous venons pourtant de montrer que dans le cas par exemple des agences de notations l'inverse ne semble généralement pas soulever autant d'objections) de la nécessité d'une régulation extérieure de richesses demeurées irrationnelles malgré tous les systèmes successifs est tout à fait de l'ordre d'un Saturne en Scorpion reçu par un Pluton en Capricorne affligé. L'idée du principe d'incertitude, par contre et paradoxalement, en ce qu'elle dépasse la notion de finitude que sous-tend celle du pur mécanisme saturnien, est en fait la conception à la fois éminemment ancienne et traditionnelle (Saturnienne) et évolutive (Uranienne) que l'on retrouve même à l'origine des sciences et des arts humanistes modernes. Nous reviendrons sur ce point. Un contrôle extérieur, avec toutes les difficultés qu'il présuppose (le monde financier est réputé être le plus opaque des secteurs, celui d'où les informations ont le moins de chances de filtrer, ou le secret est le plus strictement entretenu) ne pourrait d’ailleurs être encore qu'une mesure conjoncturelle nécessaire appliquée à une crise d'une toute autre nature (n'oublions pas que c'est l'opposition Saturne/Uranus de 2007 qui a inauguré l'actuelle récession). C'est donc bien avant tout de la moralisation d'un système dont les excès deviennent des obstacles, et non plus des moteurs pour le progrès humain qu'il s'agit ici.

Mais n'est-ce pas, à vrai dire, une forme de pillage systématique, au-delà même de l'exploitation outrancière, lorsqu'une entreprise rentable est poussée au rachat par une banque fraichement miraculée, soit qu'elle ne puisse emprunter à cette dernière sans faire figurer dans le contrat des clauses aussi crûment explicites et rédhibitoires que l'abandon de ses brevets en sa faveur, soit que les tarifs pratiqués deviennent soudain si exorbitants qu'elle se voit poussée à la faillite et ses actifs aussitôt rachetés par ladite banque, une de ses filières ou un de ses partenaires... En France en particulier, nous le montrerons plus loin, ces légères contrariétés et contradictions n'empêchent d'ailleurs nullement un patronat de la même obédience néolibérale de se tourner ensuite assez cyniquement vers l'État providence qu'ils rêvent secrètement d'abolir pour en exiger, sous la menace de licenciements et délocalisations, abattements fiscaux et autres mesures d'exception: si le chômage ne fait que croître et si le niveau de vie général est en baisse constante, si la misère progresse comme on s'y attendait, le salaire des patrons du CAC 40 a quant à lui augmenté de 9% cette année... On le voit, Saturne, bien que garantissant normalement une certaine répartition des responsabilités, peine parfois encore à freiner la dérégulation abusive des pouvoirs sous-tendue par le carré Uranus/Pluton. L'austérité, nécessaire ou non, ne semble (si elle existe) encore parfois devoir s'appliquer qu'avec parcimonie et force discrimination, pourrait-on dire.

Dès lors on s'interroge légitimement sur les raisons "purement économiques" qui ont poussé les États à sauver ces mêmes compagnies financières sur le champ et coûte que coûte sans en exiger ouvertement en retour la moindre compensation ni la moindre restructuration. Réflexe automatique dû à de vieilles habitudes libérales? L'opposition Saturne-Uranus pointait très-précisément un grave problème structurel et institutionnel dans nos sociétés. L'étiquette "too big to fall" apposée à un établissement fautif n'est pas non plus très explicite économiquement et n'encourage guère plus qu'elle n'engage ses responsabilités passées et futures. Inutile peut-être d'ajouter que ce n'est pas la première fois que des multinationales s'effondrent pour des raisons et dans des conditions similaires. L'histoire du monde moderne compte au moins deux cas tragiques semblables, trois en incluant cette période.

J'y reviens pourtant parce que d'une part s'est tenu récemment un sommet européen où était discutée la question du sort réservé par les États aux grandes banques en faillite, prologue nécessaire désormais à "l'union bancaire européenne" (comme si l'union européenne devait ressembler à autre chose sous une telle configuration astrale qu'à une obscure tentative tardive de mise en place d'un mécanisme de "régulation financière" visant en fait à limiter l'ampleur d'un retour prévisible aux mesures protectionnistes) et d'autre part parce que la réception réciproque entre Saturne et Pluton peut très facilement évoquer l'exercice dans l'ombre, et au-delà de la compréhension des simples populations mortelles, d'une volonté de puissance globale exclusive et abusive (et je ne crois pas être le moins du monde conspirationniste en écrivant cela). Les mots protectionnisme, banqueroute, déconfiture ou nationalisation sont quelques-uns des tabous de notre époque qui se vantait il y a peu de temps encore d'en être délivrée. René Girard, c'est vrai, allant à contre-courant des thèses de la plupart des sciences humaines du début du XX ème siècle a expliqué (dans La violence et le sacré, 1972) comment interdit et tabou - notions traditionnelles propres à Saturne et à Pluton - jouaient à l'origine un rôle de protection des sociétés contre leur propre violence et ne reflétaient donc pas nécessairement des tendances simplement inhibitrices de celles-ci. Or dans le cas présent non seulement ce sont des tendances nouvelles mais on conçoit mal où se trouve la violence dans la simple énonciation ou même dans l'application des lois ordinaires de l'économie. La peur des transformations profondes signifiée par Saturne en Scorpion conduit à un tel statu quo. Le monde, semble-t-il, retient son souffle.

La société civile d'ailleurs ne s' y trompe pas qui a finalement obtenu récemment, à la faveur de nouveaux scandales gouvernementaux il est vrai, que les ressources financières des parlementaires soient rendues publiques. Ce fut une grande victoire à la fois démocratique et éthique contre une possible coalition souterraine du pouvoir politique et du pouvoir de la finance très explicitement signifiée par cette réception (affligée), et qui est la voie la plus directe vers la corruption en plus d'être un jeu dangereux susceptible d'attiser encore d'avantage la méfiance des peuples. Un autre pas dans ce sens a été fait par la Suisse sous ces mêmes astralités lorsqu'elle a décidé, sous la pression internationale, de mettre fin au secret bancaire, déclenchant un véritable sauve-qui-peut parmi les expatriés fiscaux. Notons aussi que l'Espagne et surtout l'Islande, pays très-profondément touchés par la crise financière, ont entrepris de juger de façon systématique les responsables de la banqueroute, ce que d'autres tardent délibérément à faire (il faudra sans doute attendre la prochaine période de rétrogradation de Saturne, de début Mars à fin Juillet 2014, pour que le monde commence à véritablement estimer l'ampleur des mesures nécessaires et à les assumer. Cela ne se fera pas sans heurts puisque cette période est aussi marquée par la grande croix cardinale, indice d’aggravation de l'actuelle récession). L'Islande en particulier est un cas intéressant sur ce point, car l'île pourrait être l'illustration assez fidèle, en miniature, des accointances et conflits d'intérêts qui sont le lot quotidien de nos propres élites ultralibérales. Mais venons-en à notre éclipse proprement dite, qui a montré que si le bon sens démocratique a rarement été à la fois plus puissant et plus requis que de nos jours subsistent pourtant quelques zones d'ombre.

Faudrait-il ne pas s'émouvoir lorsque par crainte du chômage des ouvriers syndiqués vont, sur ordre, rejoindre dans les cortèges des manifestations leurs patrons qui redoutent quant à eux l'augmentation des charges sociales? Quelle résolution soudaine et inespérée des conflits sociaux lorsque toute la colère accumulée de part et d'autre peut être ainsi dirigée contre l'État! Mais passée l'exaltation première qui ne s'est rendu compte qu'il s'agissait en fait d'un vaste malentendu (pour ne pas dire une vaste manipulation communicative, Mercure et Mars étant eux aussi en réception mutuelle, et Mars partageant avec Pluton la maîtrise de Saturne et de l'éclipse solaire, se trouvant encore peu de temps auparavant opposé à Neptune: les idéologies des masses, les médias, les croyances populaires et les mouvements de foules...) et que les uns et les autres protestaient ensemble contre toute logique et pour des raisons fondamentalement adverses? Beaucoup ont vu avec tristesse dans les manifestations de Quimper la résurgence de l'affirmation d'un pouvoir que tout le monde pensait depuis longtemps dépassée. ll s'agissait de mener un troupeau effrayé et désorienté (Uranus en Bélier peut évoquer, nous l'avons montré, le besoin d'un "guide"), de se prouver qu'on avait l'autorité pour le faire et par là-même d'affirmer l'état d'infamie morale auquel on réduit de nouveau ces gens. Avec Mars en Vierge en réception avec Mercure (conjoint Saturne) en Scorpion on peut témoigner ici, à défaut de pénétration et d'acuité extrêmes, d'une certaine férocité voire d'un sadisme mentaux. En réception avec Pluton il semble que l'entretien et la canalisation (voire l'exploitation) des grandes angoisses sociales dont a traité Paul ViriIio soit plus raisonnable, en fait plus raisonnée que d'ordinaire : et c'est précisément ce qui fait ressortir avec d'autant plus de relief l'incohérente débauche de telles explosions (2).

Picasso - Crâne de chèvre et bougie
Ceci étant dit, l'erreur habituelle et fatale serait de les minimiser. La facile récupération de ces grands embrasements spontanés par l'extrême droite démagogique résume d'ailleurs l'ambiance: l'éclipse lunaire en Scorpion, abolissant un temps le sens commun, aura seulement permis à une foule de déchaîner ses instincts de destruction aveugle avec la bénédiction intéressée d'instances prétendument morales, en tout cas communément et traditionnellement considérées comme telles. En exil, la lune en Scorpion peut en effet, comme l'a souligné André Barbault, signifier aussi bien la possession par une "sombre obsession", un noir fantasme tragique ou orgiaque, que les instincts de domination libérés sans être dominés eux-mêmes. N'est-ce pas une définition possible du fanatisme? On chercherait en vain dans ces violentes émeutes, l'affirmation souhaitable d'une égalité civique puisqu'elles s'en prennent impunément à des institutions publiques censées la garantir (Le Soleil en astrologie mondiale symbolise l’État, et la Lune le Peuple. Dans les démocraties les deux symboles sont équivalents et interchangeables, ou, tout au moins, devraient peut-être recommencer à l'être). Au contraire, et comme prédit, elles se revendiquent au bout du compte comme des manifestations de mouvements indépendantistes assez proches au fond des éruptions nationalistes telles qu'on peut les observer dans toute l'Europe (à l'exception peut-être d'un patronat désormais souvent pro-européen - ce qui expliquerait en partie que les manifestations en Bretagne ne s'en prennent pas frontalement à l'union européenne - et malheureusement très-détaché des notions de république, de patrie et de localisation en général...) Je constate avec soulagement que l'A.F.P. fait justement la part des choses, qui dans sa rétrospective de l'année 2013 veille à dissocier le phénomène des "bonnets rouges" des mouvements véritablement sociaux.

Ironiquement l'opposition Mars/Neptune, indicateur de pollution en astrologie, a immédiatement  préludé à la protestation dans ces manifestations d'hostilité à la nouvelle majorité gouvernementale des plus gros pollueurs de France en la personne des industriels de l'agro-alimentaire breton, qui entendaient y exprimer leur refus d'une taxe écologique synonyme selon eux de faillite et de licenciements! On devrait voir dans ces événements fâcheux la fin d'un modèle économique aussi dépassé que les sont dans les faits leurs structures de production (il ne faut pas chercher plus loin leurs prétendus problèmes de rentabilité, les mentalités rétrogrades freinant depuis longtemps l'investissement dans un modèle plus dynamique seul susceptible de leur assurer une certaine pérennité et leur éviter un rachat par des firmes étrangères tout aussi peu scrupuleuses mais plus raisonnablement modernistes: Qui n'a jamais entendu parler de développement durable?) Au lieu de quoi on préfère s'accrocher à des moyens de production déliquescents et faire mine de continuer de spéculer sur leur viabilité. Or la spéculation, tendance plutôt neptunienne, est complétement étrangère au savoir vouloir dont nous parlions plus haut. D'où l'agressive et sourde incohérence, capricieuse, du discours qui tente encore de les justifier: Mars en Vierge, stratège redoutable ou tacticien borné, combat pour une cause supérieure s'il en trouve une, ou sinon contre elle. Il veut servir une vision plus globale à moins de se voir réduit à jouer le sombre rôle d'exécuteur des basses œuvres...

L'avantage de l'expertise saturnienne est qu'elle tend à mettre au jour (au sens de définir, en Scorpion: avec Mercure et Saturne on est moins là, c'est le cas de le dire, dans le dévoilement - qu'on se souvienne du mythe d'Orion (3) - que dans l'utilisation sage, la mise en œuvre d'un savoir maîtrisé qui seulement alors devient force effective. Pour le dire autrement, la volonté de puissance personnelle pour s'actualiser ne peut se passer de limitations culturelles, puisque, par ailleurs, selon les biologistes, la culture, au fil des millénaires, est elle-même en partie responsable de l'in-formatio, c'est-à-dire à proprement parler de la mise en forme, de la structuration du génome humain (4). De là une retenue habituelle chez les natifs de cette configuration, une tendance à éviter le superficiel, à aller au fond des choses, voire à se réfugier derrière une redoutable ironie d'autant plus cuisante qu'elle est le plus souvent fondée) et à fatalement abolir par son sens des nécessités incompétences et irresponsabilités dans les multiples sphères de décision. Seule la réception réciproque, peut-être, obligeant à une certaine maturité les puissances publiques, empêche ces révoltes encore éparses de se multiplier. Le sens de l'histoire et de l'expérience, liées encore à Saturne, fait que les droites démagogiques d'Europe, à mesure qu'elles gagnent en envergure, tendent à se dissimuler derrière une apparence de respectabilité plus conventionnelle et rejettent même l'attribut d'extrémistes. Soyons sûrs qu'il n'en est rien et qu'elles demeurent sur le plan des idées aussi opportunistes et radicales qu'elles l'ont toujours été, sinon d'avantage encore sous ce carré générationnel (5). Il est important de signaler que nous nous trouvons en ce moment au cœur même de cette dernière configuration astrale puisque le premier carré de ce cycle synodique initié dans les années 1960 est actuellement exact en héliocentrique (c'est-à-dire sans tenir compte des multiples rétrogradations des deux astres telles que nous pouvons les observer et les subir sur Terre). 

Cependant avec la réception mutuelle il est certain que l'accélération du monde que nous vivons, aux limites de l'instantanéité et du temps humain (dixit Virilio), stimulée par l'affliction d'Uranus en Bélier, connait actuellement une pause. Va-t-on la mettre à profit pour dépasser le présent absolu auquel on réduit l'humain, le resituer dans l'histoire des nations et des idées et tenter de dégager quelques solutions pour l'avenir? Ou tentera-t-on encore d'encourager et d'exploiter cette acculturation? Cela aussi, il faudra probablement attendre la rétrogradation de Saturne pour le savoir. L'éclipse assez révélatrice liée à ce moment axial était néanmoins le paradoxe idéal pour faire une sorte d'état des lieux symbolique, de passer en revue quelques uns des signes des temps profondément bouleversés que nous traversons. Je choisis de publier ce papier à la faveur du trigone de Jupiter-Saturne, très-constructif et confortant, pour ne pas ajouter au moralisme rampant qu'ils pourraient y percevoir malgré la réception la démoralisation de mes lecteurs! Le trigone Jupiter-Saturne actuel offre aussi l'occasion d'une prise de recul fort bienvenue sur les événements tout en permettant de les concevoir sans pessimisme excessif.

Gardons à l'esprit que ce qui importe en astrologie est peut-être d'avantage dans le cycle, sa totalité et sa progression que dans l'instant T du transit, si je puis dire. Ainsi les cycles de Saturne-Pluton révèlent toujours des transformations profondes et même majeures dans nos sociétés (on les nomme chronocrates en ce qu'elles rythment les époques du monde), transformations qui passent souvent par des périodes de destruction (notamment dans les phases critiques: conjonction, opposition et carré. La période noire de la grande peste et de la guerre de cent ans est fortement marquée de cette influence, de même que la première guerre mondiale dont nous nous apprêtons à fêter le centenaire à laquelle préside également la conjonction). Le dernier carré de Saturne à Pluton s'est produit en 2009-2010 lors du transit de Saturne en Balance, un signe particulièrement pacifique, et avant la première occurrence du carré d'Uranus/Pluton, ce dernier étant du reste maîtrisé par Saturne, ce qui sans doute minimise les dégâts qu'aurait pu occasionner leur franche confrontation par exemple. La réception réciproque, quant-à elle, si l'on en croit la tradition, est d'avantage le moment d'une action concertée, une période d'aide mutuelle entre les deux astres... dont une certaine nature commune quelque peu rigide, silencieuse, obscure et lugubre n'aura sans doute échappé à personne ces temps-ci : ce premier pape issu des ténébreux Jésuites, fils spirituels du pourfendeur d'hérésies Íñigo de Loyola, et dont la devise de l'ordre est "Perinde ac cadaver" (tel un cadavre) n'a-t'il as été salué par le magazine Times comme "personne de l'année"? Comment ne pas songer ici à ce mot de Nietzsche : "La vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance - il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de volonté de puissance"...

Notes

(1) Christopher Lasch écrit: «Selon Walter Lippmann, l’un des pionniers du journalisme moderne, le « citoyen omnicompétent » était un anachronisme dans une époque de spécialisation. Il pensait qu’en tout cas la plupart des citoyens se souciait fort peu de la substance des décisions politiques publiques. La tâche du journalisme n’était pas d’encourager le débat public mais de fournir aux experts des informations sur lesquelles ils puissent fonder des décisions intelligentes.  Ce culte du professionnalisme a eu une influence décisive sur le développement du journalisme moderne. Les journaux auraient pu servir à prolonger et élargir les assemblées communales. Au lieu de quoi, ils ont adhéré à un idéal fallacieux d’objectivité et ont défini leur but comme la diffusion d’informations fiables — autrement dit, du type d’information qui tend non pas à promouvoir le débat mais à y couper court. Le trait le plus curieux de tout ceci est, bien sûr, que si les Américains se trouvent inondés d’informations, grâce aux journaux, à la télévision et aux autres média, les enquêtes rapportent régulièrement que leur connaissance des affaires publiques est constamment en déclin. En cet « âge de l’information », le peuple américain est notoirement mal informé. L'explication de cet apparent paradoxe : une fois exclus effectivement du débat public pour motif d’incompétence, la plupart des Américains n’ont que faire des informations qui leur sont infligées en de si grandes quantités. Ils sont devenus presque aussi incompétents que leurs critiques l’ont toujours prétendu — ce qui nous rappelle que c’est le débat lui-même, et le débat seul, qui donne naissance au désir d’informations utilisables. En l’absence d’échange démocratique, la plupart des gens n’ont aucun stimulant pour les pousser à maîtriser le savoir qui ferait d’eux des citoyens capables.»

(2) Virilio montre dans son essai intitulé L'administration de la peur (2010) comment un "principe de frayeur" dictant toutes nos attitudes est devenu heuristique dans nos sociétés, comment la panique est devenue totalité en soi du monde, principe générateur: Déculpabilisée par les mœurs, la peur, sa gestion et même son entretien deviennent objets privilégiés de pouvoir. "En temps de terreur collective, écrit-il, il est impossible d'être courageux, sauf à verser dans des idéologies sacrificielles". Cette peur mondialisée par les ondes et l'instantanéité est, selon le philosophe, le ressort principal d'une standardisation et d'une "synchronisation des émotions, assurant le passage de la démocratie d'opinion à la démocratie d'émotion". Il faut ici naturellement comprendre en filigranes que la démocratie véritable, de réflexion, n'est plus du tout d'actualité, l'entretien de l'émotionnel allant de pair avec celui de l'obscurantisme: "le court-termisme, souligne-t-il, est une évidence" de notre temps.

(3) Dans le mythe du dévoilement d'Artémis, l'instinct d'appropriation violente conduit à sa perte le héros Orion, tué par un scorpion... Le signe est d'autant plus actif ces derniers temps que lors de l'éclipse solaire s'y trouvait un stellium en conjonction de quatre corps!

(4) Cf. Nature, Feb 2010: How culture shaped the human genome

(5) La longue conjonction Mercure-Saturne nous rappelle que le plus grand crime contre l'esprit consiste certainement à laisser ainsi l'histoire se répéter, obligeant les hommes à reformuler sans cesse des idées et notions qu'on aurait voulu croire acquises.

Licence Creative Commons

11 octobre 2012

Ingrès de Saturne en Scorpion et réception réciproque avec Pluton : 1 - L'Oeuvre au Noir

Und so lang du das nicht hast, 
Dieses: Stirb und Werde! 
Bist du nur ein trüber Gast 
Auf der dunklen Erde. (1)
(Johann Von Goethe, Saturne et Pluton en Scorpion, à l'Ascendant)

Saturne a séjourné trois ans dans le signe de la Balance où la planète a pesé sur les responsabilités sociales en général, la justice et les traditions, et sur nos propres responsabilités relationnelles, continuellement menacées et malmenées par l'individualisme exacerbé, le détachement et le rejet impulsif de tout formalisme impliqué par Uranus en Bélier affligé par Pluton. Sur un plan personnel, ce transit a pu permettre la consolidation de liens anciens ou particulièrement significatifs, leur organisation ou même pour les plus inspirés d'entre nous leur officialisation ou leur légalisation. Sur un plan plus général il s'est surtout agi de maintenir en douceur le 'contrat social', soient les structures interhumaines fondamentales, menacées de toutes parts. L'exaltation traditionnelle de Saturne en Balance suppose que la planète y est non seulement très puissante dans son action, mais aussi que ses traits négatifs y sont moins prononcés, adoucis sans doute par les vertus équilibrantes et tempérées de Vénus qui maîtrise le signe. Nous avons abordé ailleurs ce transit en détail ou en filigrane, mais de façon nécessairement constante, puisque Saturne est la planète qui marque les limites des mouvances et des influences collectives et donc qui indique à chacun selon sa propre maturité les étapes décisives traversées par son époque, sa génération. 

En conjonction avec Mercure, maître des signes intellectifs de la Vierge et des Gémeaux, et exalté en Balance où se trouve actuellement le Soleil pourvoyeur de Raison, Saturne a pu finalement être assimilé à un facteur de croissance pour la conscience, et, en Balance surtout, il l'a sans doute été d'une prise de conscience collective, de responsabilisation, de prise en considération de certaines puissances impersonnelles susceptibles de nuire à l'ordre cosmique. Il a ainsi été le vecteur d'un élargissement potentiel de conscience pour le Monde.

Il y a quelques jours Saturne est entré dans le signe du Scorpion. Voici la carte de l'ingrès :

Si l'on s'en tient à une interprétation rigoureuse, constatons que la nature a basculé du coté obscur de la force... En positions, les trois bénéfiques traditionnels (Soleil, Jupiter et Vénus) sont en débilité (chute et exil), tandis que les 'maléfiques' occupent une place prépondérante (Mars est en domicile en Scorpion - et dispose de l'ingrès à un degré près, s'il faut pleurer, c'est le moment - tandis que Saturne et Pluton sont en réception réciproque). On pourrait penser que les valeurs vénusiennes de conciliation et d'harmonisation, très féminines, tendent à s'effacer pour d'autres types de relations, certainement moins altruistes et plus agressives.

En aspects, la conjonction Lune-Jupiter, prise isolément et en trigone au Soleil en Balance, indiquerait la possibilité d'un réflexe des idéaux humanistes, et la conjonction Mercure-Saturne pourrait imposer des limites aux divagations de certains cultes et certains média, par une réflexion poussée sur les motivations profondes des individus et des masses, au risque de froisser certaines sensibilités et de heurter certaines habitudes de confort. En somme cet ingrès apporte aussi son lot d'espérances réalistes et d'optimisme, mais, avouons-le, dans un climat globalement très sombre.

Avant d'analyser en détail le transit de Saturne en Scorpion, et sa réception par Pluton, commençons par acquérir une sorte de vision panoramique des analogies et des mythologies associées à ce contexte. Dans la mythologie, il existe un rapport très-évident entre les dieux Saturne-Kronos et Pluton-Hadès : Saturne est le vieux dieu vaincu par Jupiter et précipité dans le Tartare, royaume de Pluton. Il s'agit donc d'un phénomène psychologique connu, que nous pourrions interpréter par la destitution d'un principe tyrannique (manger ses enfants signifie tuer le potentiel vital, les possibilités de renouveau : Saturne est un dieu paranoïaque et jaloux de ses prérogatives). Mais cette destitution demeure relative, car certaines variantes du mythe nous enseignent que Saturne continue de régner aux Enfers avec Pluton (c'est à mon sens ainsi que nous devons considérer cette réception mutuelle). Et nous connaissons bien d'autres similitudes entre les deux divinités : Tous deux accumulent les traits sombres et austères, tous deux règnent sur les profondeurs et les abîmes, symbolisent les limites, les frontières infranchissables ; tous deux sont associés à la mort : Pluton parce qu'il règne sur les âmes des disparus, et Saturne parce qu'il apparaît sous les traits d'un vieillard muni d'une faux, allégorie de la moisson des âmes que l'on retrouve dans de nombreuses cultures. Tous deux enfin représentaient les plus redoutés des principes naturels, durs, puissants, tyranniques, cruels (en ce qu'ils personnifient la peur, sans doute le premier levier de tout pouvoir terrestre), ceux à qui l'on vouait les cultes les plus sanglants et les plus sombres (à quelques exceptions près), les cérémonies de mort et de renaissance, les plus grands mystères initiatiques qui se célébraient la nuit - la nuit étant leur véritable milieu, leur élément - et dont on ne sortait transformés qu'après d'intenses souffrances. Parce qu'ils sont tous deux des 'gardiens du seuil', leur rôle conjoint est d'illustrer la lutte éternelle entre Lumière et Ténèbres, entre la Toute-Conscience et les profondeurs insondables, infernales et reptiliennes du psychisme. 

Saturne n'est pas le Bon Dieu du christianisme, même si on l'apparente parfois au Jéhovah du judaïsme. Il est d'avantage lié au dogme qu'au Principe, à la lettre qu'à l'Esprit. Dans les religions dualistes, comme le zoroastrisme, le manichéisme, le gnosticisme ou encore le catharisme, il est le principe obscur, le Roi du Monde ou le Démiurge, créateur de la forme et par conséquent, en tant que maître de la matière, l'adversaire du principe lumineux et spirituel. Mais c'est surtout dans l'alchimie à mon avis qu'on peut parvenir à comprendre cette ambivalence inhérente aux deux principes planétaires que sont Saturne et Pluton, et que les religions et gnoses que je viens d'évoquer ont mieux assimilée que les monothéismes dans leur forme dogmatique (à l'exception de certains mysticismes qui voyaient bien dans la mort même du principe spirituel lumineux - la chute du Soleil en Balance - la condition préalable de la résurrection éternelle, Sol Invictus) lesquels ont estimé innocemment qu'il suffisait de chasser - en fait, de réprimer - le Mal sous toutes ses formes pour que triomphe une hypothétique essence unique, un Bien universel...

Comme un rien sans possibilités, comme un rien mort après la mort du Soleil, comme un silence éternel, sans l’espérance même d’un avenir, résonne intérieurement le noir. V.Kandinski, Du spirituel dans l’art (Saturne en Scorpion à l'As opposé à Pluton) 

L’Œuvre au Noir (nigredo) de l'alchimie est ce qui s'apparente le plus, à mon sens, sur le plan des archétypes, à cette réception mutuelle de Saturne en Scorpion et Pluton en Capricorne. Or les textes s'accordent à voir dans le nigredo la clé de tout l’Œuvre philosophal, le Mysterium Magnum. L'Œuvre au Noir dans sa phase de putréfaction succède immédiatement à une forme de hiérogamie, qui est l'union cosmique des contraires. L'iconographie alchimique est faite de références constantes à la copulation et à la fécondation, et nous verrons plus loin que le rapport entre cette phase nécessaire (deux principes opposés et complémentaires s'unissant et se dissolvant dans un même processus de décomposition) est complètement en relation avec Saturne en Scorpion et Pluton en Capricorne. Bachelard et Eliade notamment ont pu parler, et à raison, d'érotisme alchimique dont on retrouve certains schémas dans le tantrisme Indien, par exemple. Le sexe est ici, uniquement, un acte purement magique, rituel, par lequel on acquiert de la puissance. Il ne s'agit pas de plaisir ni de reproduction mais de domination, de soi-même, de ses instincts, et sans doute aussi de l'autre.


Par ailleurs le stade alchimique de la putréfaction est intimement lié à celui de la germination, et en cela encore nous ne sortons pas des valeurs  Scorpion : Dans les Mystères Égyptiens (l'alchimie d'ailleurs nous vient d’Égypte) de la mort et de la résurrection d'Osiris, le myste est assimilé au grain, et il doit subir la corruption de la matière pour renaître sur un plan spirituel. Il en va de même dans les Mystères d'Eleusis. Tout se passe sous terre, dans un confinement, un isolement et un silence de sépulcre, et l'alchimie nous rappelle que le nigredo du laboratoire s'accompagne d'une forte odeur cadavérique. La régression qui s'ensuit - regressus in uterum, dirait Eliade, une Saison en Enfer, renchérirait Rimbaud - s'accompagne d'une perte totale de repères, aussi bien chez le philosophe que chez le myste. Le danger est réel, car dissolution et corruption signifient dissociation entre le corps et l'esprit, entre les fonctions physiologiques et psychologiques, c'est-à-dire une scission au sein des fonctions vitales de l'organisme. Le désespoir et l'humiliation sont alors à leur comble car toute l'entreprise paraît avoir échoué, et l’Œuvre semble complètement corrompu... On y trouve donc bien également les valeurs saturno-plutoniennes négatives de peur et de souffrance, d'autotorture, de désespoir et d'abandon, de volonté de sacrifice de soi, mais d'un autre coté émergent les valeurs positives d'ascétisme, de discipline, d'introspection, de maturation, d'expérimentation. Le temps et la patience sont les valeurs alchimiques souveraines.

Kronos, loren Fetterman
Saturne est le plomb des alchimistes, le métal vil qui par projection de la Pierre Philosophale sera transmuté en Or. Mais avant tout, à l'origine, Saturne est le nom de la Prima Materia, la Matière même de l’œuvre des philosophes, sur laquelle ils projettent leur travail, leurs propres transmutations intérieures. De la même façon qu'un ordre cosmique doit naître du chaos de la matière la plus brute et informelle, un cosmos doit s'incorporer dans le chaos qu'est le philosophe lui-même et le transformer profondément, définitivement. Telle est l'idée fondamentale de l'alchimie. Tout étant assujetti au destin, notamment par l'intermédiaire des pulsions abyssales, il s'agit de trouver ce qui dans cette vile matière n'est pas soumis à la corruption, cette étincelle d'éternité dans l'homme qui le rende susceptible de transcender la fatalité, le cycle des métamorphoses, des destructions et des renaissances. De là, en partie, l'assimilation traditionnelle de la huitième maison astrologique, domaine de Pluton, avec les héritages (toutes les formes d'héritage), qui constituent en somme l'essence subsistante et potentiellement active des êtres disparus.

L'Or philosophal est précisément cette part d'éternité qui survit aux mutations, tout comme le Scorpion, à ce qu'on dit, survit aux radiations nucléaires sans en être affecté. Lorsque noircit la matière de l’œuvre, cette nuit fangeuse, putréfiée qui est celle du Scorpion, signe d'Eau et du Capricorne, signe de Terre (mais toujours lié à l'Eau par sa queue de poisson, ou, comme disait Jung, de saurien, qu'il lui faut traîner derrière lui, de même que l'homo sapiens traîne ses pulsions ancestrales comme un héritage qui lui pèse mais dont il est à la fois redevable et responsable), commence donc le processus de putréfaction. Ce qui émerge de la réception mutuelle entre Saturne et Pluton est, dans le meilleur des scénarios, la base même de toute nouvelle structuration organiquement viable lorsque le travail est mené à son terme, ce qui prend du temps et s'accomplit dans l'obscurité, insensiblement, à l'abri des regards... La mort symbolique n'est pas à proprement parler celle de l'ancien Ego, mais plutôt le dépouillement, dans la douleur, des formes obsolètes, dépassées, des mauvaises habitudes affectives, sentimentales et émotionnelles. Il ne s'agit nullement d'intégrer entièrement un "surmoi" et encore moins un "ça" freudiens ; et surtout, comme l'écrivait Johannes Kepler (Soleil en Capricorne et Saturne en Scorpion trigone Pluton en X, Poissons !) à propos de l'Astrologie, "il faut se garder de jeter le bébé avec l'eau du bain" : II n'est aucunement question de se laisser complétement transformer par des courants de pensée collectifs extérieurs au point de leur sacrifier notre personnalité (thème Plutonien) et en somme tout ce qui fait notre valeur personnelle, notre spécificité, et notre humanité même... C'est au contraire dans la rencontre avec l'absurde et le néant, pour paraphraser Albert Camus, que l'individu découvre et consolide sa raison d'être, sa signification. (2)

Terminons cette entrée en "matière" par une anecdote : La légende alchimique rapporte que de cet Œuvre au Noir, permis par l'union des deux principes, naisse également un être minuscule, organique, ayant une forme vaguement humaine et qu'on nomme par conséquent l'homoncule. Cet être ne vit que de la force vitale et spirituelle de l'alchimiste, qui l'utilise et le dirige pour lui faire accomplir toutes sortes de tâches. Sans cette animation extérieure, l'homoncule n'est qu'une matière inerte ou accomplissant des actes mécaniques et répétitifs dénués de sens. Deux principes émergent donc de cette histoire : Le principe de toute puissance, lequel est lié à l'incorruptibilité de la volonté du maître, d'une part (pour en arriver là, l'alchimiste a dû mourir et renaître à lui-même en abandonnant à chaque fois une bonne part de ses espoirs et de ses illusions, c'est d'ailleurs ainsi que Dante définissait l'Enfer) ; celui de l'enchaînement et de l'esclavage de ce qui n'est de bout en bout que de la matière brute, soumise à toutes les métamorphoses, se prêtant à toutes les formes imposées par les conditions et le milieu expérimentaux. L’œuvre au Noir est en ce sens, pour reprendre l'expression de G.Durand, le point critique de la "transmutation d'un destin", et c'est peut-être ainsi que nous devrions appréhender sur un plan général la réception mutuelle entre les deux 'maléfiques', si l'on ne perd pas de vue que Uranus (le grand Alchimiste) forme toujours son carré explosif à Pluton.

Notes
  1. «Et tant que tu n'a pas compris cela : Meurs, et deviens! Tu n'es rien de plus qu'un hôte ombrageux de cette terre obscure »
  2. « Je tire de l'absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté, ma passion. Par le seul jeu de ma conscience, je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort - et je refuse le suicide ».
Références
  • F.Bonardel, Philosophie de l'Alchimie 
  • G. Durand, les structures anthropologiques de l'imaginaire
  • M.Eliade, Forgerons et Alchimistes
  • M.Eliade, Le chamanisme et les techniques archaïques de l'extase 
  • G.Bachelard, La psychanalyse du feu 
  • C.G.Jung, les racines de la conscience 
Licence Creative Commons

31 août 2012

Pleine Lune à 8° Vierge-Poissons, alchimie et mysticisme

Une toute nouvelle harmonisation est possible de l’esprit et de l’âme par une réflexion sur les mutations profondes du collectif. PL=SO-LU par trigone et sextile.


La Pleine Lune est un moment de forte intensité émotionnelle, avec risques d’accidents et révélations soudaines lorsqu’on n’y est pas préparé par une lecture attentive du cycle. En général cependant la Lune en Poissons induit un climat plutôt pacifique. Cette Pleine Lune ♓ sera exacte vers 4:00 PM-CEDT (2:00 PM-UT). Elle est maîtrisée par ♆ et par ☉⟷☿. 

Souvenons-nous que le signe des Poissons est sous les projecteurs en ce moment. Ce sont des révélateurs psychologiques puissants et rares. C’est en effet tout le paradigme de Neptune en Poissons qui est mis en lumière par les facultés raisonnantes. 

☽♓ - ♇ Vous découvrirez peut-être que votre vie intérieure et affective est plus riche que vous le pensiez. Orientez et régulez vos émotions. Les sentiments les plus profonds et la sensibilité cherchent à éviter la dispersion & à s’organiser afin de se concentrer. Trouver le point de focalisation rend la tâche plus facile.
 
Cette Pleine Lune est alchimique : Elle dit ‘Crematio Et Sublimatio’ quand son sextile à Pluton dit : ‘Solve et Coagula’. La réception mutuelle ☉⟷☿ peut effectivement agir comme une sorte de filtre par lequel l’émotion, l’imagination se changent en intuitions. La méditation peut s’avérer précieuse. Si vous ne pouvez la pratiquer aujourd’hui, n’oubliez pas d’interroger vos rêves demain.

17 juin 2012

Espiègleries et Turbulences : Le Carré Uranus/Pluton


'...mais leurs guerres, leurs camps de concentration, leurs œuvres de justice, je les vois comme des espiègleries et des turbulences...'  M. Aymé - Uranus


Goya, Le Colosse (détail)
D'abord procédons à un petit rappel historique. Le carré Uranus-Pluton que nous connaissons depuis 2010, qui sera exact durant cette prochaine lunaison, et se reformera plusieurs fois (sept carrés exacts dus aux rétrogradations de 2012 à 2015) jusqu'en 2017, s'est produit pour la dernière fois au printemps 1930, à moins de 4° d'orbe, avec carré Saturne/Uranus (en 1929 Uranus formait son carré à Saturne dans un cycle dont nous avons connu l'une des oppositions, avec par exemple la 'crise des subprimes' et ses conséquences en 2007-2010, et n'était qu'à une dizaine de degrés, parfois moins, du carré à Pluton, déjà carré cardinal à Mars en Balance), puis en 1931 (avec Grand Croix Cardinale impliquant Saturne, c'est-à-dire  la réalisation de l'opposition Saturne/Pluton) - 1932 - 1933 - 1934 - 1935 (1). Les retombées d'un tel carré entre les planètes les plus lentes, générationnelles et inconscientes, qui marque le début d'une phase d'action du cycle, sont très intenses, profondes et durables. Elles entraînent une véritable transformation des consciences.

Jeudi Noir, 1929
La Grande Croix cardinale de Août - Septembre 2010 impliquait elle aussi Saturne, conjoint à Mars de nouveau en Balance, et opposé cette fois (et non plus carré!) à la Conjonction Jupiter-Uranus. Si les forces planétaires à l'œuvre sont ici identiques, et si l'axe qu'elles occupent dans les signes cardinaux  est le même, on notera toutefois  une différence significative, l'opposition ne concerne plus ici Saturne et Pluton, mais Saturne et Uranus.  La crise traversée n'en est pas moins réelle ni moins grave,  sans doute, mais cette différence peut s'avérer importante aux yeux de qui les événements actuels sembleraient la réplique exacte de ceux qui ont accompagné le basculement du monde dans une guerre totale et radicale au début du siècle dernier. 
 
J'insiste sur ces mots 'totale et radicale' qui sont ceux du ministre de la propagande nazie Joseph Goebbels dans son célèbre discours de 1943, car ils sont un résumé saisissant de l'action combinée de ces planètes en aspects critiques, et c'est effectivement de telles auspices qui ont présidé à l'accession de l'idéologie de Hitler au pouvoir dans l'Allemagne du début des années 30.
Une autre différence est cependant astrologiquement significative : Il s'agit d'un carré de début de révolution synodique, celui de 1930 - 1935 étant un carré de fin de cycle préparant la conjonction des années 60.  Enfin l'implication de Jupiter (conjoint à Uranus) fin 2010 - début 2011 et, dans un sens, l'entrée de Neptune en Poissons en 2012, tendent sinon à pacifier le climat général, du moins à en atténuer parfois la violence, par exemple en déradicalisant  les objectifs de l'action, et en dédramatisant le discours officiel. Ce dernier risque toutefois, à cause de Pluton en particulier, d'être parfois dicté par des peurs soudaines et souvent irrationnelles, et par une stratégie de dissimulation de la vérité.

Souvenons-nous que la génération du Printemps 68, en France et ailleurs en Europe, elle-même inspirée du Flower Power américain de 1966 (conjonction Uranus-Pluton), est la génération du Baby Boom d'après-guerre, la génération de l'abondance des trente glorieuses.  La génération actuelle, comme ses aînées depuis les années 1980, n'a connu que le discours de la crise économique. On se souvient aussi avec quelle soudaineté proprement uranienne une jeunesse qui les années précédentes cultivait passionnément la désinvolture s'est électrisée  pour des causes extrêmes, bien souvent (mais pas toujours) humanistes et pacifistes, s'emparant spontanément et comme sous l'effet d'une possession collective, de son droit de regard sur le monde par des voies directement opposées à celles de ses géniteurs. La conjonction de Uranus et Pluton étant l'image même de l'union, voire de la fusion synthétique et même des doctrines d'abandon des individualités (une unité qui n'est pas toujours, du reste, dénuée d'autoritarisme radical et inflexible) le carré implique la remise en cause profonde de ce paradigme, accompagnant la révélation scandaleuse d'abus en tous genres soigneusement cachés. Cette conjonction s'est produite sous le signe tropical de la Vierge, signe mutable et terrestre (le thème du 'retour à la terre', popularisé par le mouvement hippie, est né à cette période), le carré s'est formé quant à lui dans les signes cardinaux, Feu et Terre, du Bélier et du Capricorne. 

   El grito silencioso (Le cri silencieux) Madrid, 2011

L'humanisme même, avec ces astres, peut être mis en question, c'est-à-dire une certaine vision de l'humanité, ou même la notion d'humanité elle-même peut être réfutée indirectement, de façon dissimulée (Pluton). Une telle réfutation est naturellement plus inquiétante (en tout cas plus visible) lorsqu'elle  se généralise bientôt à des catégories entières de populations, et non plus à des individus isolés. Uranus en Bélier, affligé, favorise à l'excès l'individualisme et la compétition, au point de retomber facilement, pour certains, dans les idées de 'darwinisme social' et de sélection, thèmes empruntés aux sciences naturelles et dont on a pu voir la mise en œuvre systématique lors du carré précédent. Compétition et discrimination, garantissant, dit-on, l'efficacité et même la créativité (sic) dans les entreprises, sont encouragés sous le prétexte magique de cette crise économique, mais en fait bien souvent sous le prétexte moins affirmé de l'abondance de main d'œuvre disponible qui en résulte...  Les mouvements des Indignés et de Occupy Wall Street, en Occident, et ceux des Printemps Arabes au Proche-Orient expriment différemment une même révolte (Uranus) contre la dérégulation des puissances 'néo-libérales' (2). La rapidité avec laquelle ces mouvements ont été débordés par des instances extrêmement rigides et souvent religieuses n'est qu'une confirmation de ce point. Pluton étant justement le pouvoir excessif et Uranus la dérégulation excessive, la corruption semble inévitable. Ainsi n'avons-nous pu que constater un rejet, dans l'opinion, des associations humanitaires sous le prétexte de la corruption de certains de leurs dirigeants et des profits cachés que nombre d'entre elles réalisent.
 
Uranus-Pluton, Juin 2012
Cette dévalorisation de l'humanisme conduit facilement à la marchandisation de l'homme considéré comme un produit de consommation - et par conséquent, nous l'avons vu, à l'interrogation nécessaire sur nos propres habitudes consuméristes : Mais ce qui est sous-tendu dans tout ceci, c'est évidemment, en somme, le questionnement, entravé par Uranus fanatiquement individualiste en Bélier, de notre rapport à autrui en général (Axe Bélier-Balance, nous y reviendrons plus loin).  Qu'on s'interroge simplement sur l'antinomie inhérente à l'expression 'société individualiste' pour avoir une vision suffisamment exacte de ce que signifie l'affliction d'Uranus sur cet axe cardinal. Qu'on se représente à plus ou moins long terme les chances de survie d'une telle 'société', et nous comprenons le rôle joué par Pluton : C'est  en l'effet l'image d'une émeute qui s'impose à nous, un vaste mouvement de foule disparate dirigée par les seuls appétits individuels. Les exemples n'ont d'ailleurs pas manqué, et la seule réponse à une telle situation est toujours arbitraire, puisque celle-ci révèle le laisser-aller même d' instances censément exemplaires et leur foi dans un système qui ne fait guère que l'encourager.

Dans le même ordre d'idée, après avoir souligné le fait que l'utopie présente est bien celle d'une humanité constituée d'individualités, puisque, en tout cas sous Uranus en Bélier, chacun voit son identité libre comme but principal aux dépens de l'autre, il nous faut préciser le point du messianisme politique, erreur habituelle dans laquelle tombent les éléments inconciliables issus d'une telle  position. La vision chimérique de la masse aveugle se cherchant un guide mène au leadership de quelques individus charismatiques affirmant que l'unique voie de 'conciliation générale' possible est celle de la conquête et de la guerre (on sait que Mars est le maître traditionnel du Bélier, et que donc il maîtrise Uranus, planète pas particulièrement pacifique. Pluton est l'astre des génocides et des tabous - à ma connaissance le terme 'génocide' n'a pas été employé concernant la situation en Syrie - Inutile de préciser que cette période astrale n'encourage pas non plus la créativité). Lorsqu'il ne s'agit que d'apaiser dans l'immédiat un troupeau de pulsions aveugles, on exige foi et confiance, la stratégie à long terme fait souvent défaut, et c'est ainsi que l'absence de vision et de but véritable se révèlent. Il est en effet plus urgent de réaliser que le charisme sans vision n'est qu'une autre forme d'expression de ces besoins particuliers qui se mêlent aux autres et ne mènent ni ne vont réellement nulle part.
En cas de crise, il est vrai, l'union est parfois une utopie loin de faire la force des pays, et l'Europe a été pensée depuis la fin de la guerre non pas comme une union des marchés, mais plus exactement (et la nuance est importante) selon l'idée qu'elle se constituerait entre des pays à l'économie forte et à l'identité proche. Ne pas être capable de prévoir une situation désastreuse est une chose, ne pas en tenir compte en voulant désormais faire aboutir le projet au plus vite (Uranus en Bélier signe les excès consécutifs à tout contexte sévère négocié dans l'urgence) en est une autre. Quoi de plus nocif pour toute entreprise, quoi de plus corrupteur de ses fondements mêmes, que ce besoin individuel ou élitiste de voir sa réalisation avant de mourir? Et s'il s'agit de tâtonner ensemble par un principe quelconque et discutable, qu'au moins on nous évite des 'solutions' dictées par l'esprit du protestantisme, dans son moralisme économique le plus déplacé. La France, par exemple, s'est détachée du catholicisme pour approcher un idéal de laïcité depuis la séparation des pouvoirs, sous la révolution. Devrait-elle se faire soudain luthérienne pour plaire à ses voisins?

Les mesures d'austérité préconisées en Grèce, en Espagne, en Irlande, en Italie et au Portugal seraient l'unique réponse à des peuples coupables d'en avoir trop peu usé, selon cette théologie? Il semble bien que le serpent non seulement se morde la queue, mais s'aveugle sur les raisons véritables, ou les déraisons des responsables réels, qui eux, semble-t-il, ne devraient jamais connaître l'austérité. Car Uranus en Bélier carré Pluton est réellement le symbole de l'ultra-libéralisme sans limites de quelques-uns, pour lesquels la moralisation du plus grand nombre est une condition évidente du maintien de leur propre amoralité au pouvoir. On a vu, dans les résultats des élections en France, en Grèce et en Allemagne, combien peu populaire s'est révélée cette orientation. Le Président Français a insisté sur le fait que son élection était un révélateur du fait que "partout des peuples veulent en terminer avec l'austérité".

Grande Croix Cardinale, 17 Juillet 2012
L'optimisme est suspect, mais il semble cependant évident, astrologiquement (c'est du moins une des leçons que nous pouvons tirer de la rétrogradation de Saturne en Balance), que si l'humanité se cherche un guide (Uranus en Bélier), il existe au moins une autre voie : c'est vers le relationnel qu'elle doit se tourner, c'est ce qu'elle refuse de voir qu'il lui faut viser, c'est, en somme, vers ce que nous ne sommes pas qu'il nous faut nous porter, tenter de concilier les contraires au lieu de les nier (La Balance, signe de la socialisation maîtrisé par Vénus, est opposée à ce signe). Les deux voies sont naturelles à l'homme, mais la plus raisonnable semble être celle que la pensée humaine a de tous temps considérée comme directe : Penser les opposés et tenter de les concilier sont, traditionnellement, une seule et même chose. Lorsqu'on n'en est pas conscient, on se contente de les rejeter dans l'altérité, le non-Moi. Les 'P.I.G.S.' (3) ne sont que l'expression finale d'un tel rejet dans l'altérité : Une certaine vision de l'Europe "unie", dictée par un irréprochable ascétisme? Un ascétisme, en ce cas, de toute évidence inefficace, et bien loin de la religion, s'il n'est que centré sur soi et n'aboutit qu'à cette xénophobie. Malheureusement on prête peu d'attention au fond du discours, bien plus au ton moralisateur de celui-ci, et on ne saurait faire plus moralisatrice que la voix du repli sur soi, de l'abandon et du 'sacrifice nécessaire'. Que ce soit celle-ci qui, finalement, dicte les conditions d'une "union", voilà où se situerait la première absurdité. Qu'elle soit en général si manifestement contraire aux intérêts de ceux qui la relayent est la seconde (4).

Mais si nous nous arrêtons à ces quelques exemples nous n'avons encore rien vu, car Uranus est une des planètes de l'Irrationnel, comme l'a montré l'écrivain Marcel Aymé dans son roman éponyme sur un village Français au lendemain de la seconde guerre. En Bélier, il est même l'irrationnel surgissant dans le quotidien des hommes jadis rationnels, et les emportant dans sa course furieuse, inconsciente  et désordonnée. Ce dieu 'procréateur de monstres' (les aspects Uranus-Pluton sont souvent actifs lorsque se produisent des incidents nucléaires : la Grande Croix Cardinale annonçait Fukushima, et tandis que j'écris ces lignes le taux de radiations émises par le réacteur numéro 1 de la centrale atteint un record - au moment même où le gouvernement Japonais décide de reprendre l'exploitation du nucléaire...), à l'appétit insatiable, à la fécondité destructrice, stérile par son abondance et son indifférenciation mêmes, qui enfermait ses enfants dans le sein de la Terre, qui, en d'autre termes, les condamnait à une existence infernale dès leur naissance, fut dans la mythologie défait par Saturne, gardien des frontières de la raison. L'élection en France d'un président qui se qualifie lui-même avant tout de "normal" n'est-elle pas un indice de la lassitude des peuples face à la prolifération des aberrations à tous les niveaux ? Jung écrivait "Le pendule de l'esprit oscille entre le sens et le non sens, pas entre le bien et le mal." (Mémoires, 1962). Encore faut-il être capable de discerner ce qui fait sens, d'exiger du sens, et ne pas se résoudre à ce que l'absurde s'empare de nos existences.

Il ne faut pas se laisser aveugler par les mutations rapides du monde qui se produisent en permanence sous nos yeux : Si les "règles du jeu" socio-politico-économique semblent en perpétuel et rapide changement, ce n'est bien souvent que l'effet d'apparences trompeuses. Au fond, ces règles demeurent les mêmes, et nos propres changements perpétuels ne sont que des tentatives d'adaptation (bien réelles, donc créatrices - dans la mesure où l'extrême adaptation puisse être une création - de réalités parfois absurdes, parfois inhumaines) à une illusion. Mais à l'inverse, si l'histoire semble se répéter, ce n'est pas seulement parce que les mêmes causes entraînent les mêmes effets, comme certains expliquent en Grèce et ailleurs les percées nationalistes, lesquelles semblent pourtant inévitables dans un tel contexte; ce n'est qu'une conclusion possible de la logique raisonnable; l'irrationnel uranien, c'est précisément que ces causes, pourtant historiques, aient pu se répéter : Le savoir est non seulement ce qui nous distingue des peuples qui ont déclenché l'apocalypse au siècle dernier, mais surtout ce qui rend véritablement responsables ceux qui incitent, permettent ou encouragent le retour de telles conditions connues (5). Quoi qu'il en soit nous vivons une période d'extrême intensité collective, après laquelle l'Humanité ne sera plus la même. Le transit de Saturne en Balance (les règles de la vie sociale, mais aussi la justice et les lois) nous invite donc d'abord, par la maîtrise de Vénus en Gémeaux rétrograde, à repenser notre rapport à l'autre, à la valeur que nous lui attribuons : Une piste à suivre parmi d'autres, lorsqu'on sait que Saturne est ici maître de Pluton dans le Capricorne, où ce dernier restera jusqu'aux alentours de 2022.

Notes

(1) La grande crise liée au carré d'Uranus à Pluton de 1876-1879, cette fois en Lion-Taureau, a été initiée par un double mouvement de spéculation immobilière (massive dans les villes en particulier) et boursière sans précédent dû à la dérégulation libérale, qui eut pour effet la faillite de nombre de grandes compagnies industrielles et de banques. On remarquera sans difficulté la coïncidence, en tout cas dans les prémisses, avec le carré suivant. La période touchée s'étendit de 1875 (carré Saturne-Pluton) à 1893 environ, et se caractérisa par une chute globale des prix des produits agricoles, de vastes mouvements des populations (exodes ruraux et vagues d'émigration), des soulèvements et des grèves en lien avec le chômage galopant et la reprise opportuniste des colonisations, des pogroms, et finalement l'arrêt de la libéralisation des échanges. Seconde coïncidence avec le carré de 1930, le Traité de Francfort, comme un avant-goût du Traité de Versailles, contraint la France, privée de son or, à verser de lourdes indemnités de guerre à l'Allemagne, et à s'assurer le soutien (la triple entente) de l'Angleterre et de la Russie contre la "triplice", triple alliance de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Italie visant notre isolement continental. Ces forces sont déjà celles des principaux belligérants de la grande guerre... Enfin, troisième "coïncidence", cette période sera appelée jusqu'en 1930... la Grande Dépression.
(2) Lire L'essence du néolibéralisme, par le sociologue Pierre Bourdieu, dans le Monde Diplomatique.
(3) P.I.G.S (porcs) : Portugal, Italy, Greece, Spain, selon une certaine presse économique anglo-saxonne. Combien de temps encore avant que la France, laïque mais de "tradition catholique" bascule à son tour dans le joyeux bourbier que nous prépare la finance mondiale soutenue par les politiques de nos voisins "protestants"?
(4) Le lendemain des élections du 17 Juin en Grèce, après la victoire des conservateurs, un quotidien de ce pays titrait "Bonne nouvelle : Le désespoir l'a emporté sur la peur". Les mêmes qui ont conduit le pays à la ruine (la coalition PASOK - Nouvelle Démocratie) prétendent aujourd'hui le sauver. Face à une décision populaire aussi extrême, aussi historiquement inhabituelle, on ne peut se contenter d'un soulagement extérieur passager.
(5) il n'y a pas d'un coté l'être pensant, de l'autre l'être agissant. On sait depuis longtemps maintenant que l'opposition esprit-matière est largement artificielle, et que l'homme peut en quelque sorte être défini comme l'être agissant en connaissance de cause : Il ne saurait exister de liberté humaine (Uranus) sans responsabilité ni conscience (Saturne). Inversement l'homme est un être restreint par nature, lorsqu'il ne fonde sa réalité que sur sa sphère de perceptions elles aussi restreintes, car conditionnées par le temps et l'espace (Saturne); il ne l'est plus en revanche dans la mesure où il est capable de pensée conceptuelle, laquelle transcende ces limitations (Uranus). C'est précisément là, dans la pensée conceptuelle, que la connaissance traditionnelle peut souvent se révéler paradoxalement évolutive. Les astrologues l'ont bien compris qui ont placé leur discipline sous le patronage d'Uranus.

Licence Creative Commons

03 mai 2012

Second Tour des Elections Présidentielles - Première partie : Climat astrologique

Le second tour des élections présidentielles en France métropolitaine a lieu le Dimanche 6 Mai 2012, de 8h00 à 18h00 (horaires habituels d'ouverture des bureaux, 8h00-19h00 pour Paris et les grandes villes). Ce second tour se jouera entre les quatre candidats déjà évoqués dans plusieurs articles récents de ce blog :  Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon. Au premier tour la victoire de F.Hollande a été assez serrée contre le Président sortant, qui après tout avait contre lui d'une part son bilan, et d'autre part un carré du Soleil à son propre Soleil (Remise en cause de sa souveraineté. Suis-je le seul à estimer que le Président apparaît défait d'avance, et ne semble plus croire lui-même à son discours? Ou le profil bas est-il une nouvelle manœuvre politique dans les grands débats d'entre-deux tours?)

La seconde 'surprise' fut certainement le score élevé de la candidate du Front National (17,90%). Cette faveur populaire pour l'extrême droite, non justifiée par un fort taux d'abstention, comme l'indiquait bien la carte du premier tour (la participation a été assez importante), pourrait bien expliquer à elle seule le nombre de voix obtenues par M.Sarkozy, qui tend à compenser son manque de vision stratégique à plus ou moins long terme par une tactique de récupération systématique des thèmes du FN, au gré des sondages d'opinion. Souvenons-nous de cette récente Une du journal Libération. J'avais pour ma part confirmé, si besoin était, en comparant les thèmes astrologiques, qu'il en ressortait au contraire une incompatibilité criante entre les idées de Mme Le Pen et les valeurs Républicaines. N.Sarkozy ratisse large, par conséquent ses affirmations peuvent être parfois aussi hasardeuses qu'inquiétantes. 

Tentons aujourd'hui de dégager les traits saillants de l'étude de la carte événementielle de ce 6 Mai 2012, pour Paris, 19h00 (GMT+2). Puis nous la comparerons à celle des deux principaux candidats restants (MM. Mélenchon et Bayrou - centre et gauche antilibérale -  se rangeant aux cotés de F.Hollande). Un addendum pour Marine Le Pen sera cependant nécessaire, puisqu' elle n'a pas donné de consignes à ses partisans. 

Second Tour des Présidentielles, 06 Mai 2012, Paris, 19:00 (GMT+2)
Cette carte n'a qu'une valeur  indicative, dans la mesure où elle ne tient compte que de la métropole, mais si l'on exclut la prise en considération des angles et secteurs qui reflètent le lieu et le temps de référence avec exactitude, les positions planétaires, elles, varient peu d'un jour à l'autre, d'un continent à l'autre. Sa valeur symbolique, par contre, est toujours importante, puisque à Paris se trouvent les parlements et les ministères, c'est-à-dire les emblèmes républicains. 

Quel est le climat astrologique de ce second tour? Le premier point important est qu'on se situe dans une phase de Pleine Lune en Scorpion, le premier tour s'étant déroulé à la nouvelle lune précédente, en Taureau. La lune croissante (entre les deux tours) est traditionnellement considérée comme une période de conscientisation progressive. La situation qui, à la NL, apparaissait riche en possibilités mais aussi en incertitudes, se révèle dans sa totalité, puisqu'on connaît désormais les forces en présence et les enjeux. C'est donc aussi une période d'intégration intensive des concepts, et peut-être ainsi, en Scorpion, de leur profonde transmutation à la lumière de la conscience. Pleine, la Lune ne fait pas que dispenser la lumière du Soleil, elle brille en quelque sorte de sa lumière propre ; on affirme aussi son individualité. L'opinion populaire en Scorpion se dégage ainsi dans une certaine mesure des idées et notions qui lui sont dispensées, et les exprime à sa manière, révélant de fait sa propre liberté transformatrice. La Lune en Scorpion procède par destructions, il faut donc s'attendre à un 'vote sanction', en espérant qu'il ne s'agisse pas plutôt d'une nouvelle autopunition collective, résultat de décisions impulsives, prises dans l'urgence (Me/Sa, Ur/Pl, Bél). D'autant plus à craindre est cette dernière éventualité que cette journée est placée sous la maîtrise de Mars et Mercure (affirmation de la force) et que Mercure est affligé par Saturne. Reinhold Ebertin décrit ainsi le mi-point VE=MA-UR : "Forte émotivité passionnelle". (C.D.I.A)

L'opposition Lune/Jupiter, à l'inverse du 22 Avril, peut indiquer le besoin de combattre une certaine réticence à se déplacer, la nécessité de vaincre une tendance à rester chez soi (Jupiter en Taureau exagère les besoins de confort matériel propres au signe). Elle montre aussi la prise de conscience (PL) qu'il peut être important de dépasser les aspirations de base à la possession ou à la stabilité matérielles (axe II/VIII), en particulier lorsque il existe des menaces contre l'intégrité (Pluton, second maître de la Lune, est non seulement semi-carré à la Lune mais aussi rétrograde et carré à Uranus). Le danger d'une faible participation est d'autant plus grand que le semi-carré Jupiter/Uranus peut signifier que l'expression du besoin d'une réforme en profondeur (Me-Ur/Pl) présente au premier tour n'est plus nécessaire ici. L'abstention massive conforterait les puissances d'inertie à l’œuvre dans cette carte : L'axe structurel IV-X est en signes fixes, et il y a une prépondérance de planètes en Terre, surtout Mars et Pluton maîtres de la Lune. Uranus en Bélier maîtrise le Fond du Ciel, soulignant la perpétuation d'une tradition contestataire, mais rappelons qu'il est affecté par Pluton (les pouvoirs de l'ombre, les corporations, la puissance financière), et que la Lune, maîtrisée, se trouve précisément dans un secteur financier.  

Saturne Rétrograde s'opposant à Mercure sur l'axe cardinal Balance-Belier (et transitant le Neptune de la République, les idéaux des Lumières) indique toutefois que le message qui passera ce jour-là sera dans le meilleur des cas le fruit d'une profonde réflexion, fondée sur une expérience généralement partagée. On votera en tirant les conséquences d'un passé suffisamment intégré (Pleine Lune). Mais dans le pire des cas c'est encore l'abstention, l'entrave de l'expression, qui risque d'imposer un retour à un système de valeurs obsolètes ou pire, à des idées rigides et rétrogrades. Saturne est toutefois bien aspecté (maîtrisé par Vénus en Trigone) et en position d'arbitre, il est d'avantage ici l'astre de la Sagesse qui préside aux destinées des peuples que le dévoreur des mondes. Mercure en VII (la communication) est heureusement puissant dans ce thème (en réception mutuelle avec Mars, maître de la Lune : l'opinion, la voix du peuple), et ce qui s'exprimera Dimanche aura un poids universel, n'étant autre que la volonté de la Nation imposée comme exemple au reste du monde  (Soleil en VII).
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Page Translation